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Norman Bell Keevil (1910 - 1989) intronisé en 1990

Etre reconnu de son vivant comme prospecteur, scientifique, exploitant de mines ou bâtisseur d’entreprise, ce n’est pas une mince réalisation chacune de ces occupations exige une grande somme de talent, de compétence et d’énergie. Norman Keevil possédait ces trois qualités à profusion et il en faisait grand usage comme le prouve sa prééminence dans les quatre domaines. L’impressionnante entreprise minière Teck est aujourd’hui un monument à son caractère polyvalent.

Norman Keevil est né sur une ferme de Saskatchewan en 1910. Il a obtenu un baccalauréat ès sciences de l’Université de Saskatchewan en 1930 et une maîtrise ès sciences en 1932. Durant la dépression, il a travaillé à la Commission géologique du Canada, où il a acquis un savoir-faire pratique de la géologie par son travail de cartographie dans les Prairies et les Territoires-du-Nord-Ouest. Il est ensuite entré à l’Université Harvard où il a obtenu un doctorat en 1937, suivi de trois années de recherche post-doctorat en géophysique au Massachusetts Institute of Technology. En 1943, il est revenu au Canada où il a fait figure de pionnier dans l’enseignement de la géophysique à l’Université de Toronto. Il a publié 42 documents scientifiques dans le cadre de ses fonctions universitaires.

Norman Keevil a laissé sa carrière universitaire en 1946 pour créer la Mining Geophysics Corporation, un cabinet de consultants. À titre de consultant auprès de la Dominion Gulf Company, il s’est familiarisé avec un dispositif magnétique aéroporté mis au point durant la Deuxième Guerre mondiale pour la détection des sous-marins. Lorsque le détecteur fut déclassifié pour son usage en temps de paix, M. Keevil et son personnel commencèrent à l’utiliser et à l’adapter aux besoins de la géophysique minière.

Lors de la mise à l’essai de cet équipement pour le compte de la Dominion Gulf Company, société pour laquelle il a parcouru quelque 100 000 milles en avion, il découvrit une forte irrégularité magnétique dans la région du lac Temagami. Gulf décida alors d’abandonner ce projet de prospection et lorsque M. Keevil quitta la compagnie en 1947, il reçut l’autorisation d’explorer la région. Sept ans plus tard, avec ses associés, il réussit à repérer le gisement de cuivre à haute teneur qui devint ensuite la mine Temagami. Cette découverte a eu un double effet: les levés aéromagnétiques ont transformé profondément l’exploration minérale telle qu’on la conaissait; et la mine Témagami est devenue le pivot de la dynamique société Teck Corporation qu’il a fondée. De 1963 à 1981, lorsqu’il est devenu président du conseil d’administration, Norman Keevil dirigeait Teck Corporation à titre de président et de chef de la direction. Durant cette période, Teck a acquis des intérêts miniers majeurs à la vitesse de l’éclair. Teck regroupait sous son aile des noms familiers de l’industrie minière comme Matagami, Pickle Crow, Teck-Hughes, Lamaque, Kirkland Minerals, Tegren, Consolidated Howey, Canadian Devonian Petroleums, les champs pétroliers Steelman, Highland-Bell, Beaverdell, Iso Mines, Brameda Resources, Highmont et Afton.
Le génie de Norman Keevil en tant que scientifique de la géophysique minière l’a bien servi dans le repérage de propriétés minières viables et dans l’évaluation de propriétés en prévision de leur éventuelle acquisition. Outre son jugement solide quant aux réserves d’une mine, il manifestait autant d’habileté et de compétence dans un domaine tout aussi important, celui du financement. D’autres entreprises minières se sont jointes à la société Teck au cours des années 1970, dont l’une des plus spectaculaires fut une société en coparticipation avec International Corona Resources à la mine David Bell à Hemlo.

Au moment de la mort de Norman Keevil à l’âge de 78 ans, les intérêts miniers de la société qu’il avait fondée s’étendaient de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve.

Il a remporté de nombreux prix et récompenses dont l’Ordre du Canada, la médaille Inco de l’Institut canadien des mines et de la métallurgie ainsi que la médaille Edgar A. Scholz.

Homme modeste, il n’en était pas moins visiblement ravi de l’une de ses réalisations: un but qu’il a compté pour la société Teck lors de la partie de hockey annuelle au Maple Leaf Gardens à Toronto, contre la meilleure équipe réunie par l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs. Il avait alors 78 ans.